En raison d'un incident technique, notre prochain jeu est annulé...

Publié le par Alvin

Ce vendredi, le monde vidéo-ludique s'est ému de l'annulation de Gun Loco, un TPS multijoueur exclusif à la Xbox 360 édité par Square-Enix. Ou non en fait. Le jeu a été annoncé à la Gamescom 2010 et a immédiatement et unanimement été jugé par l'ensemble de la profession comme une grosse bousasse : graphismes datés, design douteux, pitch quelconque (des bandits multi-récidivistes se retrouvent pour se mettre sur la gueule)... Rien qui fasse vraiment rêver, et la démo jouable présentée au Tokyo Game Show n'a rien arrangé. La com est restée très discrète sur le jeu qui faisait visiblement un peu honte à Square-Enix : l'éditeur n'a d'ailleurs jamais osé dire si cette daube était produite en interne ou chez un développeur tiers. Preuve que certains ne voulaient pas voir leur CV entâché à jamais...

http://image.jeuxvideo.com/images/x3/g/u/gun-loco-xbox-360-021.jpg

Gun Loco ne fera pas date dans l'histoire des annulations de jeux, pourtant, il y a quelques cas d'école fort intéressants sur lesquels j'aimerais revenir avec vous en ce dimanche ensoleillé. Les annulations de jeux sont une chose courante et souvent compréhensible : plus, en tout cas, qu'un éditeur qui s'acharne envers et contre tout (I Am Alive, dans les cartons d'Ubisoft depuis six ans, qui va finir pasablement hors budget et par une sortie en téléchargement payant..). Généralement, il est de bon goût d'annuler un jeu avant qu'il n'entre réellement en production et que la com ne se mette en marche. Ca n'est pas toujours le cas et, comme cela arrive parfois, comme nous allons le voir, très tard, parfois alors même que le jeu est terminé ! Vous n'y croyez pas ?

 

C'est pourtant ce qui est arrivé à Propeller Arena. Ce jeu, qui devait être le dernier titre signé Sega AM2 sur Dreamcast, mettait en scène des combats d'avions très arcade, le tout jouable seul ou en multi, splitté ou en ligne. Le affichait de forts jolis graphismes, tout à fait dignes de ce qui se faisait chez les concurrents à l'époque, et offrait une playlist à base de rock californien comme Sega l'affectionnait à l'époque. Un dernier jeu pour la route donc, qui aurait offert un chant du cygne très digne à la 128 bits. Saut que le jeu devait sortir à l'automne 2001. Et qu'un événement imprévu au nom de 11 septembre se produisit. Autant dire qu'il aurait été de mauvais goût de sortir un jeu d'avions proposant quelques champs de bataille urbains à ce moment là.

http://propellerarena.gametribute.com/_images/ign_029.jpg

Résultat, le jeu fut repoussé, puis annulé. Il faudra attendre 2004 pour que l'on puisse enfin jouer à Propeller Arena : un forum de passionnés des jeux morts-nés achètera pour 2000$ une bêta du jeu puis la mettra en ligne. Une version que l'on présume quasiment finale : le jeu est stable, et complet. Ironiquement, les fichiers du jeu indiquent qu'il s'agit d'une version en date du 11 septembre 2001, sans doute la dernière qui ait été produite par AM2. Une annulation que l'on regrette vraiment, tant le jeu est fun à jouer. De façon assez incompréhensible, Sega n'a jamais cherché à faire revivre Propeller Arena d'une quelconque manière : les jeux d'avions arcade étant pourtant fort rares, nul doute que le jeu mériterait un portage sur Wii ou plateformes téléchargeables.

On notera que pour le même genre de raison, le séisme de la semaine dernière au Japon, on a eu une victime collatérale du même type, Zettai Zetsumei Toshi 4 : Summer Memories, comme vous avez déjà du le lire partout. Le jeu devait sortir la veille du tremblement terre mais venait d'être repoussé. Avant d'être finalement annulé suite aux événements que l'on sait, c'est assez facile à comprendre. Le jeu n'était en tout cas pas tout à fait terminé.

 

Autre temps, autres moeurs, dans les années 90, un jeu de combat sur PS1 scandaleux défraie la chronique. Thrill Kill, c'est son nom, fait partie de ces jeux attention-whore qui cherchent le feu des projecteurs en promettant sang, sexe et violence afin de dissimuler la pauvreté de leur gameplay. Dans un enfer aux allures extrêmement urbaines, la déesse Marukka organise un tournoi ultra-violent entre les être les plus brutaux qui soient. La récompense pour celui qui sortira victorieux ? La réincarnation. Autant dire que la bande de sadiques assoifés de sang qu'il est possible d'incarner va se donner à fond dans la bataille. Il s'agit d'un jeu de combat en arènes, où quatre personnages se mettent sur la gueule simultanément, jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un.

http://media.giantbomb.com/uploads/0/3009/278690-thrill_kill_psx_001.jpgEn dehors de son habillage scandal ready, le gameplay est assez pauvre, mais à une époque où l'on achetait ses jeux essentiellement sur les promesses de la jaquette, ça n'était pas d'une grande importance. Développé par Paradox Developments, qui deviendra un studio exclusivement consacré aux beat'em all et jeux de baston, le jeu devait être édité en 1998 par Virgin Interactive. Pas de bol, la division américaine se fit racheter pendant l'été par Electronic Arts, qui n'aimait pas du tout du tout le principe du jeu. Bien que le jeu soit terminé et attendu par de nombreux joueurs, EA annule le jeu, sans pour autant jeter bébé avec l'eau du bain : le moteur de Thrill Kill sera en effet recyclé pour un beat'em all mettant en scène le Wu-Tang Clan, puis les X-men. Plusieurs betas ont fuité sur le net, avant que, mécontents, les développeurs finisent par lâcher eux même leur jeu sur les réseaux pirates. C'est mieux que gacher, en même temps.

 

On termine avec un dernier cas d'école, très récent, qui restera dans les mémoires comme l'un des gros accidents indsutriels du monde du jeu vidéo en HD. En effet, depuis la naissance des jeux next-gen, les annulations sont devenues rares, ou surviennent en tout cas très tôt. NBA Elite 11, qui devait succéder à la série NBA Live, a pourtant fait les frais d'une annulation extrêmement tardive, à seulement quelques semaines de la date de sortie prévue. Ce changement de nom devait s'accompagner d'une remise à plat du gameplay de la série, ce qui n'avait pas été sans poser quelques problèmes de développement. Le jeu avait connu des retards mais Electronic Arts s'était voulu rassurant, et avait assuré comme il se doit la promo du titre par la sortie régulière de vidéos, carnets des dévéloppeurs, interview et images et même... une démo.

http://image.jeuxvideo.com/images/p3/n/b/nba-elite-11-playstation-3-ps3-007.jpg

Une démo de la honte qui a proprement été la risée du web : bugs en tous genres, jouabilité moisie... Un vrai désastre. Un accueil tellement froid qu'EA annonça un nouveau report du jeu, puis son annulation pure et simple. Pour la première fois, un jeu dont la démo avait été mise en ligne sur le Xbox Live (signe de complétion très avancée) n'a finalement pas vu le jour. En panique, Electronic Arts a tenté de limiter les dégâts en sortant NBA Jam en version boîte, en lieu et place d'une sortie en téléchargement comme cela était prévu. Le mal était pourtant déjà fait : l'analyste financier Michael Pachter (celui qui se trompe tout le temps) estime à 60 millions de dollars le manque à gagner d'Electronic Arts avec l'annulation de NBA Elite. Un chiffre sans doute surestimé, mais il est clair que l'éditeur américain a beaucoup perdu dans l'affaire : imaginez l'annulation à la dernière minute d'un PES, qui s'écoule en moyenne à 5 millions d'exemplaires dans le monde...

 

Voilà pour les plus célèbres affaires d'annulations de jeux dans l'histoire vidéoludique récente, qui sont principalement à retenir parce que les titres concernés étaient terminés ou presque quand il a fallu les mettre à la poubelle. La sortie prochaine de Duke Nukem Forever sera certainement l'occasion de revenir sur les jeux ayant connu des développements on ne peut plus tumultueux, qui ne connaissent que rarement des dénouements heureux (en général, annulation ou accouchement dans la douleur). Nous verrons ça un prochain dimanche !

 

Pour plus d'infos sur Propeller Arena : Propeller Arena Fansite

Pour plus d'infos sur Thrill Kill : Fansite de Thrill Kill

Pour plus d'infos sur NBA Elite 11, il reste la preview d'août 2010 de Jeuxvideo.com.

Publié dans Le poids des mots...

Commenter cet article