Copier n'est pas plagier

Publié le par Alvin

Comme toutes les industries de création artistique, le jeu vidéo est assez concerné par les affaires de copie et de plagiat, on l'a vu très récemment avec la sortie de MaXplosion de Capcom sur iPhone qui a crée le scandale. Depuis des années également, Gameloft s'est adonné à la chose, suscitant plus de moqueries de colère d'ailleurs. La différence de traitement est, il faut le dire, relativement facile à comprendre : la division mobile de Capcom a largement copié le jeu d'un petit studio d'une dizaine d'employés, tandis que Gameloft se contente de repomper la majorité des blockbusters du moment en jeux iPhone, se contentant de titiller de gros éditeurs qui ne le sentiront pas passer.

 

La démarche est pourtant la même dans les deux cas et, si l'on arrive à s'extirper des aspects émotionnels du petit artisan contre la grosse machine capitaliste, n'est finalement pas plus choquante que ça, à mon avis. Bien sur, la création originale pwne le copiage, cependant, se réveiller un matin avec une idée aussi inédite que révolutionnaire, ça n'arrive pas tous les jours. Il faut donc bien manger et pour cela, tabler sur des valeurs sures est une méthode correcte pour paraître crédible face à son banquier (ou ses investisseurs) quand on dirige un studio de jeux vidéo, petit ou gros.

 

Le plagiat et la copie appliqués aux jeux vidéo sont également particulièrement comodes car les lois sur la protection de l'oeuvre sont les mêmes que dans les autres domaines. C'est à dire : scénario, éléments graphiques, musique... C'est déjà bien mais le principal problème est que cela exclut le gameplay, quasiment impossible à breveter. On peut donc facilement reprendre les mécaniques de jeu d'un titre, changer plus ou moins son habillage puis mettre le tout sur le marché sans craindre grand chose juridiquement. Et là aussi, quand je dis changer plus ou moins, c'est plutôt moins que plus : à moins de reprendre à l'identique des textures, des plans de caméra, des séquences scriptées, il y a peu de chances de se faire taper sur les doigts.

 

En outre, Gameloft a invoqué un argument particulièrement pertinent pour défendre sa politique de copiage, à savoir, le fait qu'ils proposent leurs clones sur des plateformes où l'original n'est pas sorti. A première vue, ça ressemble à de la bonne grosse mauvaise foi, après réflexion, c'est plutôt malin. Car si le plagiat est difficile à prouver, le parasitage commercial, par contre, plus simple à démontrer juridiquement. Sortir un produit relativement similaire sur un même support avec le même client dans la ligne de mire, là, il y a un risque sérieux à s'attirer des emmerdes (on l'a vu récemment avec Activision attaqué par THQ pour avoir sorti un jeu de quad à la jaquette quasi identique un mois après). Capcom aurait sorti MaXplosion sur le Xbox Live Arcade, Twisted Pixel Games aurait probablement attaqué l'éditeur nippon. Or, le jeu est sorti en iOS et bizarrement, Twisted Pixel s'est contenté de pleurnicher que c'est trop injuste, tout en confirmant ne pas avoir l'intention d'attaquer : preuve s'il en est, que la cause était perdue d'avance.

 

L'une des rares cas de conflit légal à propos de plagiat vidéoludique est celui ayant opposé Sega à Fox et Electronic Arts pour la sortie de The Simpsons Road Rage, un clone de Crazy Taxi sorti en 2002 mettant en scène la famille d'Homer : l'affaire s'est réglée à l'amiable, preuve s'il en est qu'un procès peut être relativement incertain. Les cas de véritables plagiats (Giana Sisters, copie de Mario Bros, Limbo of The Lost, un point & click utilisant des screenshots d'autres jeux comme décors) n'ont pas eu l'occasion de connaitre de démêlés judiciaires, les jeux étant, dans ce cas, rapidement retirés du marché avec de plates excuses.

 

La copie d'autres jeux est donc relativement facile, difficilement répréhensible légalement et source d'assez bons revenus. Les copies de Gameloft sont, de surcroit, d'assez bonne qualité : NOVA, clone d'Halo, est le meilleur FPS sur iPhone pour le moment (et a donné naissance à une suite). Modern Combat : Domination, en téléchargement sur PS3, est un FPS multi correct et pas cher jouable au Move calqué sur Counter Strike. Sacred Odyssey pompera totalement Zelda mais fait quand même pas mal saliver, plus que les spin-off de Zelda sortis sur DS dernièrement en tout cas, et plus que Skyward Sword qui a un gros défaut, celui de sortir sur Wii.

 

Enfin, soulignons que le phénomène est loin d'être nouveau et que c'est principalement l'incroyable capacité de production de Gameloft qui l'a rendu très visible. La soudaine recrudescence des TPS a suivi le succès de Resident Evil 4 et de Gears of War, le retour du beat'em all scripté a suivi la sortie de God of War... Nous y reviendrons probablement. Espérons quoi qu'il en soit, que les éditeurs continuent à pratiquer de façon discrète ces copiages et les camouflant sous des habillages originaux et agréables. Auquel cas, E.Leclerc risque bientôt de se lancer dans le marché du jeu et nous proposer sa copie pour Xbox 360 de Starfront sur iOS, lui même très inspiré d'un petit jeu appelé Starcraft 2... Et j'ai peur de voir ça bientôt débarquer dans les linéaires...

 

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Publié dans Le poids des mots...

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